(*) Comité d'harmonisation des centres de formation de manipulateurs d'électroradiologie médicale
La démographie des manipulateurs d'électroradiologie médicale (MEM) ne cesse de préoccuper la profession et notamment les centres de formation dont la mission première est de mettre à disposition de l'écosystème des forces vives… Au cours des années antérieures et plus intensément depuis 2016, nous avons alerté les ministères1, communiqué avec l'ONDPS2, travaillé conjointement avec le CNPMEM3 (AFPPE, AFTMN…) et échangé avec les CNP et associations médicales.
Rapidement, dès les années 2016-2019, les mesures engagées dans les centres de formation ont été de solliciter des augmentations d'effectifs autorisés auprès des régions pour les DE et des académies pour les DTS4. Les réponses ont été à la hauteur de la préoccupation, supérieures aux perspectives données en 2023 et de nature à assouplir les contraintes de l'écosystème.
Évolution majeure des effectifs en 2024
Pour parvenir à faire évoluer rapidement les effectifs, toutes les ressources ont été mobilisées.
➔ Plus 10 centres de formation
En septembre 2024, il existe 56 centres de formation : 22 DE et 34 DTS IMRT. Ainsi, ce sont depuis les années 2020 quatre IFMEM et six sections DTS nouveaux qui ont ouvert. La couverture territoriale est aujourd'hui très finement déclinée.
Des projets sont encore à l'étude dans les régions : une dizaine nous reviennent dont la maturité est inégale. On entend dans les territoires résonner des interrogations nouvelles… les difficultés d'accueil en stage, la soutenabilité de tels effectifs sur une période longue voire pérenne (?)… le respect de l'exhaustivité des contenus de formation, les ressources et disponibilité d'enseignants (posts sur les réseaux sociaux pour recruter des formateurs occasionnels…). La cohésion entre tous les centres de formation est une priorité du comité d'harmonisation5 et de toutes les associations professionnelles. L'objectif aujourd'hui est donc d'apporter l'aide et le soutien nécessaires pour faciliter leur alignement pédagogique aux standards requis, de s'organiser pour éviter d'essouffler les services d'accueil.
➔ Plus de 2 000 étudiants admis en 2024
Les effectifs admis en première année 2024 ont augmenté de façon très significative pour atteindre 2 059 (Fig. 1), soit + 39,8 % au regard de 2020 (+ 586 étudiants). Cette augmentation repose sur deux actions conjuguées :
- 58 % de l'augmentation des effectifs reposent sur les 46 centres préexistants, tant DE que DTS ;
- 42 % de l'augmentation reposent sur l'ouverture des 10 nouveaux centres.

L'analyse des données d'admission montre que le nombre de candidatures déposées sur Parcoursup ne cesse d'augmenter pour atteindre près de 50 000 en 2024. Si le nombre est très variable d'un centre à l'autre, les candidatures sont le plus souvent 20 fois plus nombreuses que les places à pourvoir. Cependant, 13 centres ont été contraints à la phase complémentaire, ce qui montre une grande labilité des candidatures.
➔ Profil des étudiants
L'âge à l'entrée est de 19 ans ½, et la répartition 65 % de femmes / 35 % d'hommes est très représentative de l'ensemble des métiers du soin. Le baccalauréat scientifique est prédominant (58 %), devant les baccalauréats technologiques (37 %) (Fig. 2). La répartition est cependant inégale entre les DE (66 %/34 %) et les DTS (46 %/54 %). Avec 47 % de mentions au baccalauréat, la progression est sensible.
Un tiers (36 %) se sont essayés à un autre parcours dans l'enseignement supérieur, la moitié d'entre eux dans des licences scientifiques (sciences, PASS, LSPS)6.
La diversification des voies d'accès se confirme : la formation professionnelle continue, plus marquée dans les IFMEM, concerne 4 % des étudiants. L'apprentissage7 n'a pas été quantifié dans cette étude, il se développe dans une grande majorité de centres.

➔ L'insertion professionnelle
En 2024, plus de 1 200 nouveaux diplômés.
Au cours de la formation, on évalue à 13 % les arrêts ou réorientations, ils se produisent essentiellement en première année, les groupes restent ensuite très stables (8 centres n'ont pas répondu à l'enquête, les résultats bruts sont corrigés).
Sans surprise, la quasi-totalité des situations renseignées montre une entrée dans l'emploi. La répartition disciplinaire est conforme à l'image habituelle, plus de 80 % en imagerie et une stabilité des recrutements autour de 10 % pour la médecine nucléaire et la radiothérapie.
Aujourd'hui, lors du recrutement, on constate une partition égale des secteurs publics et privés, sur lesquels la pression de l'emploi conduit à la diminution globale des contrats à durée déterminée.
➔ La question de l'attractivité
Clairement, si Parcoursup est une mesure de lisibilité pour les lycéens — l'augmentation des candidatures en est le témoignage —, l'optimisation des vœux formulés doit en revanche être recherchée. De fait, poursuivre les informations sur le métier est indispensable, pour réussir à modifier progressivement et durablement les représentations à la fois des citoyens, des milieux scolaires et universitaires… voire du monde sanitaire lui-même.
Le point d'acutisation, sur lequel doivent être concentrés les efforts, est le soutien à la structuration professionnelle pour fidéliser les parcours, et quelques chantiers clairement identifiés doivent être conduits. L'indemnisation des stages, très malmenée dans les filières santé, doit bénéficier d'une révision pour prendre en considération les diplômes de façon équitable et la contribution des étudiants à l'activité. Les possibilités de poursuite d'études et la question de la filiarisation des évolutions sont très attendues de tous, y compris pour sécuriser parcours et accès aux soins (notons que 4,8 % des étudiants poursuivent leurs études, sans qu'aucune continuité d'exercice ne soit proposée).
Nous devons poursuivre nos sollicitations vers l'ensemble des institutionnels, et réfléchir aux conditions d'exercice des MEM, évolution des textes, produire des recommandations, finaliser les travaux vers un diplôme unique, poursuivre la trajectoire de l'universitarisation.
Pour 2025, plus de 1 300 étudiants sont inscrits en 3e année…, soit le double du nombre nécessaire à la simple jouvence démographique. De quoi lever rapidement les difficultés de recrutement… !
- Rapport IGAS – IGAENR « Modalités de mise en œuvre d'un diplôme unique de manipulateur d'électroradiologie médicale » – avril 2013 – consulter
- ONDPS : Observatoire national de la démographie des professions de santé
- CNPMEM : Conseil national professionnel des manipulateurs d'électroradiologie médicale
- Boyenval B, Feltgen K. Étudiants manipulateurs : démographie et emploi – Situation en septembre 2023. Le Manipulateur d'imagerie médicale et de radiothérapie. 2023 déc ; 334 : 30-33 – consulter
- CHCFMEM : www.chcfmem.fr
- Parcours d'accès spécifique santé (PASS), Licence science pour la santé (LSPS)
- Jamault B, Clavier-Micheau C. L'apprentissage – Une voie de formation pour les MEM. Le Manipulateur d'imagerie médicale et de radiothérapie. 2024 mars ; 337 : 6-8 – consulter